La route étroite vers le nord lointain de Richard Flanagan

Voici ma troisième lecture pour le Prix Relay des Voyageurs 2016
Après un thriller psychologique (Tout ce qu’on ne s’est jamais dit), un roman ubuesque (Envoyée spéciale), il s’agira cette fois d’un livre de guerre. 

Et c’est vraiment la route du Nord ! Du nord de Bordeaux (quand on est toulousain, c’est la définition du Nord) !!

Un livre de guerre dont la couverture n’en laisse rien paraître. On s’attendrait au récit de vie d’une jeune femme dans les années 50.
Il n’en est VRAIMENT rien.


Le narrateur, omniscient, nous embarque principalement dans la vie de Dorrigo Evans, australien, lors de son enrôlement dans la Grande Guerre en tant que jeune médecin militaire. Il vient juste de tomber amoureux et le voilà envoyé au front puis dans un camp de travail japonais où il connaîtra les pires horreurs : fatigue extrême, violences physiques et psychologiques, travail harassant et titanesque, maladies plus atroces les unes que les autres se disputant les chairs. Avec les sur-mourants (on ne peut pas parler de survivants) qui l’entourent, il se raccroche à la mince ligne de vie : la camaraderie, les chansons, la nostalgie du pays, le souvenir d’un amour.
Cinquante ans plus tard, sollicité pour écrire la préface d’un ouvrage commémoratif, le vieil homme, devenu après-guerre un héros national, convoque les spectres du passé en déroulant le fil de l’histoire jusqu’à nos jours. 

Mon avis ? 

Si tu as la chance de tenir ce livre, tu sais que tu t’embarques dans une lecture difficile. Difficile dans le sens où certains passages seront presque insupportables de réalisme cruel en dépit de la plume poétique de son auteur (si tu apprécies les haïkus, ce livre est fait pour toi). 
Mais c’est un roman de guerre. On ne peut pas fermer les yeux. Une partie de notre devoir de mémoire intime à nos paupières de ne rien occulter. 

L’omniscience du narrateur approfondit la vie du héros, Dorrigo, médecin parmi les prisonniers, mais nous fait également découvrir celles d’autres détenus du camp de travail : leurs peurs, leurs souffrances face à l’absurdité des tâches toujours plus impossibles, leur passé, leur combat quotidien contre leurs conditions de vie mais aussi contre eux-mêmes ou la complexité du dilemme entre les valeurs profondes et la survie. 
La finesse du narrateur nous fait traverser la ligne de front en nous introduisant dans l’esprit de l’adversaire. Qu’en est-il de leur façon de penser ? 

Habituée aux récits de seconde guerre mondiale en Europe, j’ai beaucoup apprécié de découvrir l’histoire par nos autres alliés, les australiens, face à leurs ennemis asiatiques : les japonais. Pour être tout à fait honnête, j’avais complètement oublié de délocaliser la Grande Guerre a une autre partie du globe au-delà de Pearl Harbor et des attaques nucléaires sur le Japon. 

Il est plaisant de découvrir le monde de l’après-guerre pour les survivants : la guerre est finie mais l’est-elle réellement dans les esprits ? Les coupables sont-ils réellement punis ? Sont-ils des coupables décisionnaires ou tout autant victimes quel que soit le camp ?
Comment recommence-t-on à vivre quand on a tenu la main de la mort pendant des années ? 

Le seul point négatif que j’aurais à trouver est le fait que je n’aie pas réussi à m’attacher aux personnages. Je les ai trouvés froids, détachés, stratèges, nuançant tous leurs sentiments, même hors du contexte terrible des camps, qui expliquerait ce détachement comme une protection mentale contre la folie. 

Au final ?

Je recommande vivement cette lecture forte, poignante, choc, qui permet de redécouvrir la Seconde Guerre Mondiale dans un environnement moins conventionnel, l’Asie, opposant les australiens aux japonais.
Les mots sont crus mais pas traumatisants. 
Ce roman de 431 pages se lit en apnée, le temps d’une longue inspiration. 

Citation à méditer : 

« Un homme heureux n’a pas de passé, un homme malheureux ne possède rien d’autre. » 

*****
  Ma note : 17/20                                                    

         

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